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Au mois d’août 2012, nous avons pu rendre visite à Sœur Virginie et à ses enfants au Liban. Accueil

chaleureux, comme toujours, et même dès l’aéroport de Beyrouth où ils étaient une dizaine à nous attendre, une rose rouge à la main.

En traversant Beyrouth, nous constatons que les traces de la guerre, et notamment des bombardements de 2006, ont été effacées. La ville est paisible et active malgré une chaleur torride (47°). Seules les patrouilles de l’armée libanaise, omniprésente, nous rappellent que le pire peut se produire à tout moment dans ce pays en proie aux rivalités de ses belliqueux voisins. Sur la route qui nous mène à Zahlé, dans le minibus offert par Sos outre mer en 1998, les barrages militaires sont toutefois moins nombreux qu’il y a quelques années.

Arrivés à la maison, ce sont les « poussins », les plus jeunes des enfants,, qui nous accueillent avec un émouvant petit récital de chansons en français dans lesquelles il est question de « petits poissons qui nagent, nage,nt, nagent… », gestes à l’appui.

Les plus grands nous rejoignent pour assister au déballage des 50 kg de médicaments, jouets, DVD, friandises, fournitures scolaires et vêtements que nous avons apportés. Nous remettons également au trésorier, Michel Braïdi, une enveloppe contenant 1400 $.

Sœur Virginie nous fait ensuite visiter les nouveautés de la maison : le bâtiment abritant les chambres, la cuisine et la petite chapelle des grands garçons, où nous logerons, l’extension de la garderie et, bien entendu, le car de 30 places flambant neuf à l’achat duquel notre association a, grâce à votre générosité, contribué pour moitié.

Enfin, le dîner dans la grande salle à manger, gagnée sur l’ancienne cour, sera l’occasion d’apprendre toutes les nouvelles de cette grande famille et de la situation dans le pays.

Très vite, nous comprenons que sous la quiétude apparente se cache l’angoisse d’assister, à l’automne peut-être, à un nouvel embrasement.

Le 3 août, lendemain de notre arrivée, un incident à la frontière israélienne, au sud, fera six morts, trois dans l’armée libanaise et trois dans celle d’Israël. Avec le chauffeur de la maison et deux des grands enfants, Anita et Joe, nous descendrons dans le sud, jusqu’à Cana et Tyr, sur les pas de Jésus. Mais nous ne nous attarderons pas et, à Cana, nous nous contenterons de traverser lentement la ville en voiture car l’atmosphère est pesante, la foule se presse dans les rues et les visages sont graves. Partout des affiches, banderoles et drapeaux à la gloire du Hezbollah et de ses « martyrs ». Pour la première fois, j’ai, cette année, le sentiment que le sud et la Bekaa sont littéralement occupés par ce parti islamiste chiite. Le « parti de Dieu » paye tout avec l’argent iranien qui coule à flots : écoles, dispensaires, reconstruction des maisons, achat de terrains, etc.

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BaalbeckExpoHezbollah250Les chrétiens, eux, se regroupent dans les villages de montagne ainsi qu’à Zahlé, Beyrouth-est ou Jounieh. Lors de mon précédent voyage, au cours d’une rencontre avec Samy Gemayel, fils de l’ancien président Amin Gemayel et aujourd’hui député, celui-ci nous confiait son souhait de voir créer des cantons par communauté. Ce sera peut-être la solution, même si le cas de Beyrouth est difficile à régler.

A l’entrée des magnifiques ruines romaines de Baalbek, une autre surprise nous attend: une grande exposition, très officielle, de propagande du Hezbollah ! Slogans vengeurs, armes prises à l’ennemi israélien, reconstitution de postes de combat avec lance-missiles et Kalashnikovs, photos des « atrocités » commises par Tsahal, posters de l’Ayatollah Nasrallah désignant à ses missiles des cibles claires : Tel-Aviv, Haïfa, etc. Intimidation pour les uns, encouragement à l’action pour les autres parmi lesquels les 22 000 combattants armés du Hezbollah qui attendent dans l’ombre le signal.

Le lendemain, en traversant la région montagneuse du Chouf et en sillonnant les routes du Mont Liban, nous nous réconforterons en visitant monastères et villages chrétiens, propres et fleuris et où les innombrables statues de la Vierge Marie et de Saint Charbel ne laissent place qu’aux posters de Samir Geagea et son épouse Shetrida ou de la famille Gemayel. Curieusement, aucune évocation, nulle part, pas même à Beyrouth, du général Aoun. La majorité des chrétiens n’accepte pas son alliance tactique avec le Hezbollah, même si elle comprend l’intérêt d’encourager la division entre musulmans chiites et sunnites. Mais la plupart ne croient guère à cette paix des braves et perdent l’espoir d’une issue heureuse. Ils vivent au jour le jour en espérant tenir le plus longtemps possible. D’autres, plus pessimistes, quittent le pays pour la France ou les USA. Les chrétiens sont maintenant à peine plus de 30%. Ils étaient majoritaires dans le pays il y a 50 ans.

Sœur Virginie, elle, a choisi de vivre dans le présent tout en souhaitant que les liens noués en France avec les familles de parrainage, seront peut-être, si les choses allaient très mal, une planche de salut pour certains de ses enfants.

C’est ce grand et grave point d’interrogation que nous avons senti planer sur nos amis chrétiens du Liban en ce mois d’août. Puissent-ils connaître la paix le plus longtemps possible. Notre amitié et notre soutien sont pour eux un précieux réconfort.